J'épargnerai dans ce billet le résumé sur le débat lié au projet de loi DADVSI et les DRM. Les récents évenements m'ont plus ou moins convaincu que le lobbying des majors avaient pris le pas sur la qualité des débats parlementaires.

La peur du gendarme

Qu'en est-il maintenant pour les méchants pirates qui voudraient continuer de pomper des MP3 et des DivX comme des sagouins ? Une bonne amende bien salée : 38 euro (par oeuvre), qui partiront dans les caisses de l'Etat (merci pour les artistes), et 150 euro pour ceux qui mettent des fichiers à disposition.

Si les sommes sont dissuasives, je doute fort qu'une repression massive et constante puisse s'appliquer. De plus, on en vient à pénaliser les deux parties, celui qui met à disposition et celui qui pompe, alors qu'une des deux parties n'est pas forcément fautive. Pour le petit exemple, je suis l'heureux propriétaire de l'album Full circle de Pennywise, sauf que j'ai une fois prété cet album à un ami qui me l'a rayé et rendu inutilisable, bien avant que j'ai pu en faire une copie en MP3 sur mon disque dur. Avec le projet de loi, je serai donc coupable de téléchargement abusif et violations des droits d'auteur s'il me prennait l'envie de récupérer cet album auprès d'un autre internaute. Pourtant, je suis légalement propriétaire de cet album et j'ai payé mon droit à la copie privée en étant taxé sur mon disque dur et mes CD vierges non ? Sans compter que je n'ai pas spécialement envie de débourser une bonne vingtaine d'euro à la Fnac pour avoir le droit de réécouter un album que j'ai déjà.

Pompons, mais pompons chiffrés

Là où le débat est parti encore plus à vrille qu'à l'origine, c'est concernant le chapitre des mesures de contournement des DRM car il risque de se faire prendre à son propre jeu : si les méchants pirates ne peuvent plus pomper à la vue de tous, ils vont le faire entre eux en se cachant !

Je m'explique : le procès qui a été fait est celui du peer to peer, mais il existe des milliers d'autres moyens d'accéder à des contenus illégaux et ce très facilement : newsgroups, bots de téléchargement IRC, FTP, transferts de fichiers via messagerie instantanée ou email, ...
La plupart des protocoles, comme le FTP, sont des protocoles anciens ou les données circulent en clair sur le réseau, mais sont sécurisables, via SSH par exemple.
J'imagine donc très bien que les solutions de transferts de fichiers sécurisées ne vont pas tarder à voir le jour, si ce n'est déjà pas le cas. Désolé, je ne suis peut-être pas très au fait d'une certaine actualité, vu que je n'ai pas un seul client peer to peer installé sur ma bécane.

Moi et mes potes

Autre point que j'estime interessant : les vilains pompeurs sont facilement identifiables et condamnables car visibles par tout le monde. A l'époque où j'étais un p'tit con qui utilisait Kazaa et Audio Galaxy (ça remonte), je m'étais déjà fait la réflexion. J'imagine donc que les réseaux de confiance ou réseaux sociaux, dont j'avais déjà entendu parler notament par le biais du blog de Fred Cavazza, vont se développer à vitesse grand V, si ce n'est toujours pas toutefois le cas (il me semble que SoulSeek fonctionne sur ce modèle). Puisqu'il faut maintenant se méfier de tout le monde, les vilains pirates vont maintenant n'échanger qu'avec leurs connaissances, et les p'tits nouveaux arriveront par le biais d'un parrain en quelque sorte.

Un coup dans l'eau

Je tiens toutefois à préciser, pour ceux qui ne me connaitraient pas personnellement, que je suis musicien et farouche défenseur du droit d'auteur car directement concerné par le sujet. Je ne cautionne pas le téléchargement illégal, et non gratuit, comme se complaisent à le dire les médias grand public et les parlementaires.

Bref, j'ai comme l'impression que les majors se sont encore fourré le doigt dans l'oeil jusqu'à l'épaule en espérant garder un mode économique et un mode de distribution de leurs produits (je n'ose pas parler de culture) car incapables de réagir face à une tendance lourde. Ce projet de loi, c'est comme les radars automatiques : ça responsabilise certaines personnes, ça en calme d'autres quand elles se font prendre, mais ça n'empèche absolument pas de rouler vite, bourré et comme un pied.