Un tracker, c'est quoi ?

Un tracker, c'est un bête logiciel qui sert à faire de la musique sur un ordinateur. N'imaginez pas des monstres tentaculaires comme ProTools ou Cubase, les trackers existent depuis des années et tournent sur des machines relativement modestes.

Un bref historique

Le premier tracker est né en 1987, réalisé par Karsten Obarski, pour fonctionner sur Commodore 64. Dans l'histoire musicale du jeu vidéo et de la demoscene, les musiques composées avec des trackers faisait suite aux chiptunes et permettaient bien plus de possibilités, notament l'utilisation de samples (échantillons en bon français) ou la possibilité d'utiliser 4 voies séparées (et bien plus ensuite). Les machines de prédilection des trackers étaient à l'époque l'Amiga, le Commodore 64 et l'Atari ST, mais ils ont été très populaires sur plateforme PC et sur diverses consoles comme la GameBoy Advance. L'énorme avantage que procurait (et procurent toujours) les trackers, est que les musiques ainsi créées étaient interpretées par la machine et prenaient une place en mémoire ridicule comparativement à un fichier son Wave brut ou même compressé en MP3.

Les trackers phares toutes plateformes confondues sont SoundTracker, Fast Tracker II, Impulse Tracker, Scream Tracker III, ... Les trackers recent offrent de nouvelles possibilités grace à l'utilisation de plugins VST ou l'exploitation des technologies DirectAudio, ASIO ou Jack, rendant ainsi le logiciel nettement moins dépendant du matériel.

Ca marche comment ?

Au niveau du fonctionnement, un tracker se comporte un peu comme un séquenceur dans sa logique : vous disposez de plusieurs pistes dans lesquelles sont joués des samples. Ces samples ne sont pas joués de façon statique, mais peuvent être modulés afin de jouer toutes les notes possibles dans la gamme chromatique. Ainsi, à partir d'un seul fichier correspondant à une note de référence, il est possible de composer des mélodies complexes. Chaque ensemble de pistes est regroupé sous le nom de pattern et un pattern peut représenter une partie d'un morceau, comme un couplet, un refrain, un pont ou juste une partie de ceux-ci. Avec différents patterns et en les agençant dans un ordre donné, vous avez le morceau final appelé module.

Il est souvent possible d'utiliser un tracker avec un clavier MIDI pour enregistrer. A défaut de clavier MIDI, le clavier du PC fera l'affaire : sous Fast Tracker II par exemple, le W sera votre Do, le X le Ré et ainsi de suite, la rangée de touches au dessus servant à faire les dièses et les bémols comme sur un piano. Les deux rangées de touches au dessus permettent d'avoir accès aux notes à l'octave.

Les trackers permettent aussi d'affecter des effets aux notes jouées, étendant ainsi les possibilités de création. Parmis ces effets, on peut trouver le pitch-shifting[1], le glissando, jouer avec le volume d'une note ou la stéréo, ...

Prise en main de la bestiole

Allez hop, on lance notre tracker favori. Mes exemples seront surtout tirés de Fast Tracker II ou Skale, mais la plupart des trackers ont une philosophie relativement proche.

L'interface de Skale

Hey mec, on dirait un éditeur hexadécimal ton truc !

Oui, je sais, l'interface d'un tracker peut sembler fort déroutante et aussi dingue que ça puisse paraitre, on peut très bien faire de la musique avec ça. Verticalement, vous allez retrouver vos différentes pistes. Dans chacun des pistes, vous retrouverez diverses informations : les notes en notation américaine[2] avec leur hauteur (la référence d'un sample étant C-4), auxquelles sont associés le numéro du sample relatif à sa place dans la banque de samples et les effets apportés à la note ou au morceaux.

La notation hexadécimale peut aussi surprendre mais on s'aperçoit avec la pratique que ça reste assez pratique quand on compose en binaire. La plupart des trackers proposent bien souvent une sous-division de la grille en blocs de 4. Par contre, c'est nettement moins pratique de faire du ternaire avec ça, mais on s'y fait à la longue.

Samples et instruments

Les trackers fonctionnent à l'aide de samples et certains à l'aide d'instruments, qui sont des sortes de samples un peu plus évolués. Le sample n'est qu'un simple échantillon sonore associés à une note de référence. En augmentant ou en descendant la vitesse de lecture, on pourra jouer différentes notes.

Les instruments proposent un peu plus de possibilités que de simples samples. En fait, un instrument peut embarquer plusieurs samples et être assignés à des plages de notes, car certains samples sonnent très mal si on s'éloigne trop de leur note de référence. Il est aussi possible d'ajouter quelques effets, enveloppes, ...

Ces samples et ses instruments doivent être chargés dans des banques et feront partie intégrante du module qui sera créé.

Envoie la bande Michel, ch'uis chaud là !

Il est possible d'enregistrer de deux manières. Soit vous êtes super doué pour enregistrer une de vos mélodies avec un clavier de PC, ou vous avez un clavier MIDI, et vous passez en mode édition (touche espace avec Fast Tracker II ou Skale), lancez la chanson et faites jouer vos mimines. Soit vous passez simplement en mode édition et vous faites marcher votre tête (et vos mimines un minimum quand même).

Il y a de fortes chances que vos premières compositions seront en binaire (2/4 temps par mesure : 1, 2, 3, 4) et ça tombe bien puisque c'est utilisé dans énormément de styles : rock, techno ou hip hop. Le ternaire (3 temps par mesure : 1, 2, 3) est plus utilisé dans le blues, le classique (valse notament) ou le folk. La décomposition du temps en 4 avec un marquage différent permet de se repérer très facilement.

Edition basique d'un module avec Fast Tracker II

Je m'arrete ici concernant l'aspect composition, ça fera l'objet d'un petit tutoriel très bientôt.

Philosophie et perspectives liées aux trackers

Face à des monstres aussi reconnus que Cubase et ses multiples déclinaisons ou ProTools (même si ce n'est pas la même utilisation) et la baisse du prix des séquenceurs d'entrée de gamme, l'utilisation de trackers peut sembler un peu étrange. Et pourtant ...

Pourquoi utiliser un tracker de nos jours ?

Les trackers sont des logiciels qui ont fait leur preuve depuis longtemps et qui sont capables de tourner sur des machines relativement modestes. Dans le pire des cas, une machine de recupération fera largement l'affaire. Fast Tracker II tourner largement sur un Pentium 200 avec 64 Mo de RAM, ModPlug Tracker ou Skale tournent sans aucun soucis sous Windows tandis qu'il existe des solutions Linux comme Sound Tracker, CheeseTracker ou encore Beast.

De plus, un tracker permet beaucoup plus qu'un simple séquenceur. Si un tracker peut être pleinement utilisé comme un outil de composition, il peut aussi parfaitement vous servir de boite à rythme pour remplacer un batteur absent, et faire même illusion si vous avez des samples de qualité et un peu de temps à passer pour affiner vos pistes. Ajoutez quelques samples de guitare, de basse ou de synthé et votre tracker devient un parfait companion pour jammer ou taper le boeuf sans avoir à mobiliser plusieurs potes musiciens.

Pour finir, l'argument de prix : beaucoup de trackers sont des logiciels libres ou des freewares et même si d'autres sont payants, ils en restent relativement abordables. Le moindre séquenceur vous en couterait plusieurs dizaines d'euros et je ne parle pas des synthétiseurs avec séquenceur intégré ou des logiciels dédiés à la musique professionnelle.

Vous avez dit Open Source ?

Oui oui, vous avez bien lu, j'ai parlé d'Open Source. De part une diffusion dans leur format natif, les modules[3] s'inscrivent parfaitement dans une logique Open Source pour deux raisons :

  • Les formats ne sont pas cryptés et donc parfaitemant lisibles puisqu'un module est interprété. Ben oui, à l'époque, on ne parlait pas de DRM. Si vous ouvrez un fichier .xm avec Fast Tracker II, vous pourrez voir la source de la musique et la manière dont elle va être jouée.
  • Les samples et les instruments sont directement embarqués dans le fichier du module, donc ces données sont donc parfaitement copiables, réutilisables ou modifiables si vous en avez besoin.

Quand j'ai commencé à utiliser les trackers, sans même savoir qu'il existait un truc appelé Internet ou qu'on pouvait faire des logiciels Open Source, c'est ce qui m'a permis de me construire une banque de samples et d'instuments glanés sur les CD livrés avec des magazines tels que PC Fun ou PC Team et je ne doute pas que c'est ce qui a permis aux trackers de prendre un essort considérable. De la même manière, c'est ainsi que j'ai pu découvrir des petits secrets de fabrication comme simuler un écho en utilisant deux voies et en jouant sur le volume et éventuellement la stéréo.

Un débat est d'ailleurs né dans la scène rassemblant les quelques irréductibles du tracker entre ceux qui diffusent leur musique en MP3 ou en Ogg Vorbis et ceux qui diffusent leur musique au format natif. Les premiers arguent une plus grande facilité de diffusion et d'écoute alors que les seconds reprochent aux premiers de "tuer la scène" et de verrouiller leur musique, empéchant les débutants de découvrir quelques techniques et d'accéder aux samples et aux instruments. Finalement, c'est une histoire qui sent le réchauffé pour tous les passionnés de logiciel libre, mais c'est un autre histoire ...

Finito !

Voila, c'est fini pour cette introduction aux trackers en espérant que cet article pourra motiver certaines personnes à se lancer. J'ai beaucoup fait référence à Wikipedia dans cet article, et je vous invite à consulter les articles les pages en anglais qui sont généralement plus détaillée et mieux fournie.

Notes

[1] augmenter ou diminuer la hauteur d'une note

[2] Do = C, Re = D, Mi = E, Fa = F Sol = G, La = A, Si = B

[3] une chanson au format des trackers, pour ceux du fond qui ne suivent pas