On archive des données depuis que l’informatique existe. Des bandes, des disques, des serveurs. Et à chaque décennie, le même rituel : migrer, vérifier, recommencer. Non parce que les données sont perdues, mais parce que le support ne tient pas.
C’est le vrai problème. Pas la capacité de stockage. Pas la vitesse de lecture. La durée de vie du support physique. Mais le Project Silica Microsoft est là pour tout changer !
Microsoft Research travaille sur cette question depuis 2017 depuis ses laboratoires de Cambridge. En février 2026, une publication dans Nature a confirmé ce que l’équipe avançait depuis plusieurs années : le verre borosilicaté gravé par laser femtoseconde conserve des données intactes pendant plus de 10 000 ans. Sans climatisation. Sans maintenance. Sans migration.
Pour un DSI, ce chiffre change la manière de penser l’archivage long terme. Un contrat signé aujourd’hui, une police d’assurance, un dossier réglementaire : tout ça peut être gravé une seule fois, stocké physiquement, et rester lisible dans cinquante ans exactement comme au premier jour.
Ce n’est pas de la prospective. La technologie existe, les chiffres sont publiés, le passage à l’industrialisation est en cours. Ce que cet article vous donne, c’est une lecture claire de ce que Project Silica fait, ce qu’il ne fait pas encore, et ce que vous avez intérêt à anticiper avant vos prochains cycles de migration.
L’essentiel en un coup d’œil
Ce qu’il faut retenir
- Des lasers femtoseconde gravent des données dans du verre borosilicaté, lisibles pendant 10 000 ans.
- Capacité : 4,84 TB par plaque en silice, 2,02 TB en borosilicaté (120 × 120 × 2 mm).
- Vitesse d’écriture : 65,9 Mbit/s avec 4 faisceaux en parallèle.
- Résistant à l’eau, à la chaleur (290°C), aux champs électromagnétiques.
- Phase de recherche terminée en février 2026 ; pilotes industriels attendus entre 2025 et 2027.
- Zéro migration requise sur toute la durée d’archivage.
Pourquoi le verre, et pourquoi maintenant
Un contrat d’assurance signé aujourd’hui devrait encore être accessible en 2050, en 2080, voire au-delà. Les bandes magnétiques LTO y survivent dix ans, parfois quinze avec de la chance et une bonne climatisation. Le verre, lui, ne craint ni l’humidité, ni les champs magnétiques, ni le temps.
C’est le problème que Microsoft Research Cambridge a décidé de résoudre en 2017, en lançant Project Silica Microsof. L’idée : graver des données directement dans la matière d’un matériau stable depuis des siècles, avec la précision du laser. En février 2026, une publication dans Nature a confirmé la fin de la phase de recherche fondamentale. Le passage à l’industrialisation est désormais sur la table.
Pour les DSI du secteur des assurances, de la finance ou des archives publiques, ce moment mérite attention. Non pour remplacer l’infrastructure existante du jour au lendemain, mais pour comprendre ce qui arrive — et anticiper.
Chronologie du projet (2017-2026)
Project Silica n’est pas sorti de nulle part en 2026. Voici les étapes qui ont conduit à la maturité actuelle de la technologie.
- 2017 — Première présentation publique au Microsoft Ignite, depuis les laboratoires de Cambridge.
- Novembre 2019 — Démonstration marquante : le film Superman (75,6 Go) gravé sur une seule plaque de verre, en partenariat avec Warner Bros.
- Octobre 2022 — Prototype d’une bibliothèque robotisée capable de lire les plaques automatiquement.
- Octobre 2023 — Publication à SOSP 2023, qui présente l’architecture cloud complète basée sur du verre de quartz.
- Décembre 2023 — Démonstration bout-en-bout : écriture, stockage, lecture, intégration cloud.
- Septembre 2024 — Projet pédagogique « Golden Record 2.0 » avec des lycéens, qui ont gravé leurs messages dans le verre.
- Février 2026 — Publication dans Nature sur le borosilicaté : fin officielle de la phase de recherche.
Comment fonctionne le stockage sur verre
Project Silica Microsof encode les données sous forme de voxels tridimensionnels dans la masse du verre. Un voxel est l’équivalent 3D du pixel : un point de modification structurelle créé par le laser, inscrit en profondeur.
Les lasers femtoseconde
L’impulsion laser dure 10−15 seconde — soit un millionième de milliardième de seconde. À cette échelle, le faisceau modifie localement la structure moléculaire du verre sans le chauffer ni le détériorer. Chaque voxel présente une biréfringence ou une variation de phase optique spécifique, qui constitue l’information encodée.
La lecture se fait par microscopie polarisée. Un algorithme de décodage basé sur l’architecture U-Net, développé par Azure AI, interprète les variations optiques pour reconstituer les données originales.
Le passage au verre borosilicaté
La publication de février 2026 marque un tournant industriel. Les premières recherches utilisaient de la silice fondue, un matériau coûteux et difficile à sourcer en grande quantité. Le verre borosilicaté le même que celui des plats allant au four offre une résistance thermique et chimique comparable, à une fraction du coût, avec une disponibilité industrielle immédiate.
La densité chute de 1,59 à 0,678 Gbit/mm³, et la capacité par plaque passe de 4,84 à 2,02 TB. Un compromis acceptable quand on rend le matériau accessible à l’échelle.
Le stockage sur verre est WORM par nature : écriture unique, lecture multiple, aucune réécriture possible. Un air-gap physique intégré dans le support lui-même.
Les chiffres clés
| Paramètre | Silice fondue | Borosilicaté |
|---|---|---|
| Densité | 1,59 Gbit/mm³ | 0,678 Gbit/mm³ |
| Capacité par plaque (120 mm) | 4,84 TB | 2,02 TB |
| Vitesse d’écriture | 25,6 Mbit/s (1 faisceau) | 65,9 Mbit/s (4 faisceaux) |
| Durée de vie estimée | > 10 000 ans | > 10 000 ans |
| Résistance thermique | 290°C | 290°C |
La longévité de 10 000 ans est établie par modélisation d’Arrhenius : en accélérant artificiellement le vieillissement à haute température, on extrapole la stabilité à température ambiante. La méthode est standard en science des matériaux.
Pour donner une échelle : en format DVD, une plaque de verre atteindrait une capacité de 7 TB.
Ce que ça change pour les DSI
Project Silica n’est pas une technologie de stockage actif. Sa vitesse d’écriture — même à 65,9 Mbit/s — la place clairement dans le registre du cold storage et de l’archivage long terme. Ce n’est pas un concurrent du SSD ou du disque dur. C’est un concurrent direct des bandes magnétiques LTO et des systèmes d’archivage optique.
Pour les assurances, le cas d’usage central est évident : polices, contrats, dossiers sinistres. Des données qui doivent être conservées des décennies, parfois à vie, avec une garantie d’intégrité et de lisibilité. Le verre offre ça, sans besoin de migration périodique ni de maintenance spécifique.
D’autres secteurs sont directement concernés : archives gouvernementales, données scientifiques, bibliothèques numériques. La BBC a d’ailleurs mentionné Project Silica comme compatible avec l’Arctic World Archive dans le cadre de ses réflexions sur la préservation patrimoniale.
Sur le plan réglementaire, la conformité RGPD et les obligations de conservation légale bénéficient d’un support qui ne nécessite aucun refresh de données — un argument fort face aux auditeurs et aux juristes.
Où en est le déploiement
La phase de recherche fondamentale est close depuis février 2026. Microsoft n’a pas encore annoncé de calendrier commercial officiel, mais les analystes s’alignent sur une fourchette cohérente : pilotes industriels entre 2025 et 2027, accès commercial via Azure entre 2027 et 2030.
Le passage au borosilicaté règle le principal frein à l’industrialisation : le coût et la disponibilité du matériau. Ce qui restait à résoudre côté chaîne de production — vitesse d’écriture, robustesse des systèmes de lecture automatisés, intégration dans une infrastructure cloud — progresse depuis 2023.
Les entreprises qui souhaitent se positionner tôt ont intérêt à suivre les annonces Azure dans les prochains mois. Microsoft a clairement orienté sa feuille de route vers une intégration dans ses services cloud de stockage froid.
Bandes magnétiques : l’idée reçue à corriger
Les bandes LTO ont de solides défenseurs, et ce n’est pas sans raison. Elles restent aujourd’hui la solution d’archivage la plus répandue et les coûts d’entrée sont maîtrisés. Mais leur cycle de vie impose une réalité que beaucoup sous-estiment : une bande se dégrade en dix à quinze ans. Elle doit être migrée vers une nouvelle génération, avec tout ce que cela implique en coûts humains, techniques et en risques de perte.
Selon une étude IDC publiée en 2025, 72 % des DSI déclarent avoir subi des problèmes liés à l’obsolescence de leurs supports d’archivage sur une période de cinq à dix ans. Ce n’est pas une anecdote, c’est un risque structurel.
Project Silica supprime ce cycle. Une plaque gravée en 2027 sera lisible en 2127 sans intervention. Sur le long terme, les projections situent le coût total de possession 40 % en dessous de celui des bandes, une fois les migrations et la maintenance comptabilisées.
L’analyse de la rédaction
Avis — d’un spécialiste archivage data
Project Silica tient ce qu’elle promet depuis 2017 : une technologie d’archivage physiquement indestructible, sans migration, sans maintenance. La publication de février 2026 dans Nature est le signal que la recherche a livré ses résultats. Ce qui vient ensuite, c’est l’ingénierie et la mise à l’échelle.
Ce qui mérite d’être dit clairement : ce n’est pas un support universel. La vitesse d’écriture actuelle ferme la porte au stockage actif ou à la sauvegarde incrémentale. C’est un outil de cold storage, et il faut l’évaluer comme tel. Dans ce registre, il n’a pas d’équivalent sur le marché à horizon 2030.
Pour les DSI d’assurances et d’organismes soumis à des obligations légales de conservation longue durée, c’est une technologie à intégrer dans les roadmaps dès maintenant, même si le déploiement opérationnel attendra 2027 ou 2028.
Sur les réseaux professionnels, le scepticisme des premières années a laissé place à un intérêt concret. Des discussions sur LinkedIn entre DSI en 2026 montrent un glissement vers des questions pratiques : intégration avec les systèmes existants, coût au téraoctet, compatibilité avec les obligations réglementaires locales. La technologie est désormais prise au sérieux.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Project Silica concrètement ?
C’est une technologie d’archivage développée par Microsoft Research qui grave des données dans du verre borosilicaté à l’aide de lasers femtoseconde. Les données sont encodées sous forme de voxels 3D dans la masse du verre et peuvent être lues pendant plus de 10 000 ans sans dégradation.
Quelle est la capacité d’une plaque en borosilicaté ?
2,02 TB par plaque de 120 × 120 × 2 mm, soit une densité de 0,678 Gbit/mm³. En silice fondue, la capacité monte à 4,84 TB pour la même taille.
Comment fonctionnent les lasers femtoseconde ?
Chaque impulsion dure 10−15 seconde. Le faisceau modifie la structure moléculaire du verre en créant des voxels biréfringents ou à variation de phase. Ces modifications sont lisibles par microscopie polarisée et décodées par un réseau de neurones U-Net.
La durée de 10 000 ans est-elle réellement vérifiable ?
Elle est estimée par modélisation d’Arrhenius, une méthode scientifique standard qui consiste à vieillir artificiellement le matériau à haute température pour extrapoler sa stabilité à température ambiante. La publication dans Nature de février 2026 valide cette estimation.
Quelle est la vitesse d’écriture avec plusieurs faisceaux ?
65,9 Mbit/s avec 4 faisceaux en parallèle. Cette vitesse est adaptée au cold storage, pas à l’écriture continue de données chaudes.
Quand Project Silica sera-t-il accessible commercialement ?
La phase de recherche est terminée depuis février 2026. Les analystes anticipent des pilotes industriels entre 2025 et 2027, et un accès commercial via Azure autour de 2027-2030. Microsoft n’a pas publié de calendrier officiel à ce stade.
Quelle résistance thermique offre le verre borosilicaté ?
Les données restent intactes jusqu’à 290°C, avec une stabilité projetée de plus de 10 000 ans à température ambiante.