Et si l’une des sept merveilles du monde antique n’avait pas encore livré tous ses secrets ? En juin 2025, une campagne archéologique exceptionnelle a extrait 22 blocs monumentaux des eaux d’Alexandrie. Parmi eux, un pylône inédit mêlant style égyptien et technique grecque. L’objectif : reconstituer numériquement le phare disparu, pierre par pierre, grâce à un jumeau 3D accessible à tous. Voici ce que cette résurrection change pour notre compréhension du passé et pour le tourisme culturel.
Sommaire
- Ce qu’il faut retenir
- Contexte et urgence : pourquoi ces fouilles maintenant ?
- Les sept merveilles du monde antique et la place du phare
- La campagne de 2025 : 22 blocs, 80 tonnes et un pylône inédit
- Acteurs et engagements officiels
- Technologie et numérisation 3D : comment ça marche ?
- Impact sur le tourisme et le patrimoine
- Controverses et angles morts de l’opération
- Questions fréquentes sur le phare d’Alexandrie
Ce qu’il faut retenir
- Extraction record : 22 blocs monumentaux, pesant jusqu’à 80 tonnes, ont été remontés des fonds marins en juin 2025.
- Découverte majeure : Un pylône de style égyptien et de technique grecque, totalement inconnu des historiens, a été identifié parmi les vestiges.
- Partenariat public-privé : Le CNRS, le CEAlex et la Fondation Dassault Systèmes unissent leurs forces pour créer un jumeau numérique du phare.
- Accès universel : La modélisation 3D permettra à chacun de visiter virtuellement le phare, comme s’il y était.
- Enjeu de souveraineté : La propriété des données numériques du patrimoine mondial divise entre l’État égyptien et les entreprises technologiques occidentales.
Contexte et urgence : pourquoi ces fouilles maintenant ?
Deux facteurs expliquent l’intensification des opérations sur le site du phare d’Alexandrie. D’abord, une rupture technologique : les campagnes de 2025 et 2026 exploitent enfin la puissance du traitement de données géospatiales pour exécuter une photogrammétrie subaquatique de masse, rendant possible la numérisation précise de blocs immergés jusqu’à 10 mètres de fond. Ensuite, une urgence climatique et urbaine : la montée des eaux de la Méditerranée et la pression immobilière agressive sur le littoral d’Alexandrie forcent les autorités à extraire d’urgence les pièces maîtresses avant leur dégradation chimique définitive.
Le site, qui s’étend sur 1,6 hectare au pied du fort Qaitbay, est menacé à la fois par les éléments naturels et par l’urbanisation galopante. Les vestiges, immergés entre 5 et 10 mètres de fond, subissent une corrosion accélérée. Les scientifiques estiment que chaque année passée sous l’eau altère irrémédiablement la pierre, d’où la décision de remonter les blocs les plus emblématiques.
Les sept merveilles du monde antique et la place du phare
Le phare d’Alexandrie est l’une des sept merveilles du monde antique, une liste établie par les Grecs anciens pour célébrer les constructions les plus extraordinaires de leur époque. Aux côtés des pyramides de Gizeh, des jardins suspendus de Babylone, de la statue de Zeus à Olympie, du temple d’Artémis à Éphèse, du mausolée d’Halicarnasse et du colosse de Rhodes, le phare trônait fièrement à l’entrée du port d’Alexandrie.
Construit au IIIe siècle avant J.-C. sous la dynastie ptolémaïque, il mesurait environ 103 mètres de haut et guidait les navires grâce à un feu dont la lumière était visible à des dizaines de kilomètres. Sa structure tripartite (base carrée, étage octogonal et sommet cylindrique) en faisait un chef-d’œuvre d’ingénierie. Pendant près de 16 siècles, il a fonctionné sans interruption, avant d’être progressivement détruit par une série de séismes et un tsunami en 1303.
Aujourd’hui, le phare d’Alexandrie est la seule des sept merveilles antiques, avec les pyramides, à avoir laissé des vestiges substantiels. Mais contrairement aux pyramides, ses ruines sont immergées, rendant leur exploration particulièrement complexe. La campagne de 2025 marque un tournant : pour la première fois, des blocs de cette ampleur sont extraits et numérisés avec une telle précision.
Anectode : la légende du miroir
Selon une tradition médiévale, le phare d’Alexandrie abritait un miroir géant en bronze qui réfléchissait la lumière du feu à des kilomètres. Certaines chroniques arabes rapportent que ce miroir aurait même permis d’observer les navires ennemis approchant de Constantinople. Si cette légende est difficile à vérifier, elle témoigne de la fascination qu’exerçait cette merveille sur les voyageurs de l’époque.
La campagne de 2025 : 22 blocs, 80 tonnes et un pylône inédit
En juin 2025, une mission archéologique pilotée par le CNRS et le Centre d’Études Alexandrines (CEAlex) a sorti de l’eau 22 blocs monumentaux parmi les plus imposants du phare. Chaque bloc pèse entre 70 et 80 tonnes (l’équivalent de plusieurs éléphants adultes). Parmi eux figurent des linteaux et montants de la porte monumentale, le seuil, de grandes dalles du socle, et surtout un élément totalement inédit : un pylône de style égyptien et de technique grecque.
Cette découverte bouleverse les connaissances historiques. Jusqu’à présent, les historiens considéraient le phare comme un monument purement hellénistique, reflet de la dynastie grecque des Ptolémées. La présence d’un pylône (une structure typique des temples égyptiens) prouve que l’édifice intégrait des éléments d’architecture indigène, dans un syncrétisme culturel fascinant. Comme le souligne le communiqué du CNRS, il s’agit de « pièces d’un monument jusqu’alors ignoré ».
L’opération de levage a mobilisé des barges équipées de grues de haute puissance, des sangles non abrasives pour éviter les bris, et un protocole de dessalinisation immédiat pour extraire le sel marin incrusté dans la pierre. Chaque bloc, une fois remonté, a été scanné en 3D avant d’être confié aux ingénieurs de la Fondation Dassault Systèmes.
« C’est un moment historique. Ces blocs nous parlent d’une époque où l’Égypte était un carrefour de civilisations, où le grec et l’égyptien se mêlaient dans l’architecture comme dans la vie quotidienne. »
— Propos recueillis auprès d’une archéologue du CNRS ayant participé aux fouilles.

Acteurs et engagements officiels
Trois institutions structurent ce projet d’envergure :
- Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités : garant de la souveraineté sur le site, il délivre les concessions de fouilles et assure la conservation physique des blocs après leur extraction.
- Le CEAlex (CNRS) : direction scientifique des opérations sous la responsabilité d’Isabelle Hairy, archéologue et architecte au CNRS. Le CEAlex conduit des fouilles sur le site depuis 1994.
- La Fondation Dassault Systèmes : mécène technologique, elle fournit les algorithmes, les serveurs et les ingénieurs volontaires pour la modélisation 3D.
Ce partenariat public-privé, officialisé en 2023, a permis de réunir une équipe pluridisciplinaire d’historiens, numismates, archéologues et architectes. Le projet « PHAROS » bénéficie également du soutien de Gedeon Media Group, qui a financé la campagne de fouilles de 2025.
Technologie et numérisation 3D : comment ça marche ?
La numérisation du phare repose sur trois piliers technologiques :
- Le scan photogrammétrique : des scanners laser 3D étanches, couplés à des algorithmes de reconstruction, numérisent chaque bloc au millimètre près, sous l’eau et hors de l’eau.
- La modélisation collaborative : les ingénieurs de Dassault Systèmes utilisent des univers virtuels pour tester les hypothèses architecturales, confronter les données et affiner les modèles 3D.
- Le jumeau numérique : l’objectif final est de créer un modèle scientifique exact du phare, tant dans sa structure extérieure que dans son organisation intérieure. Ce modèle permettra de simuler les séismes, d’étudier les techniques de construction antiques et de proposer une reconstitution accessible à la communauté internationale.
La campagne de 2025 a marqué une étape décisive : les 22 blocs extraits s’ajoutent à la centaine de blocs déjà numérisés sous l’eau depuis 10 ans. Au total, ce sont plus de 5000 blocs qui ont été enregistrés sous l’eau au cours des trois dernières décennies. Le défi actuel est de résoudre ce « puzzle géant » en replaçant chaque pierre dans sa position d’origine.
Cas concret : le linteau de granit
Parmi les pièces remontées figure un linteau de près de six mètres de long, l’un des plus longs jamais découverts en granit. Les archéologues estiment qu’il surmontait la porte monumentale du phare, à une hauteur de plusieurs dizaines de mètres. Son extraction a nécessité une coordination minutieuse entre les plongeurs, les grutiers et les ingénieurs, dans un port en activité.
Impact sur le tourisme et le patrimoine
Pour les amateurs d’histoire et les voyageurs, cette résurrection archéologique ouvre des perspectives inédites. D’ici 2027, le projet PHAROS prévoit de mettre en ligne un jumeau numérique interactif du phare, accessible depuis n’importe quel ordinateur ou smartphone. Cette visite virtuelle permettra d’explorer l’édifice dans ses moindres recoins, comme si l’on remontait le temps.
Sur place, à Alexandrie, le site reste accessible via des clubs de plongée agréés près du fort Qaitbay. Les ruines sous-marines, bien que protégées, attirent chaque année des centaines de plongeurs curieux. Toutefois, certaines zones de la citadelle terrestre font régulièrement l’objet de fermetures pour restaurations structurelles. Il est conseillé de se renseigner auprès des autorités touristiques locales avant tout déplacement.
L’impact économique est également significatif : l’annonce des fouilles a stimulé l’attractivité d’Alexandrie, traditionnellement délaissée au profit du Caire ou de Louxor. Les hôteliers et les agences de voyage locales espèrent une hausse du tourisme culturel dans les années à venir.
Controverses et angles morts de l’opération
Malgré son succès médiatique, l’opération de levage des blocs suscite des critiques au sein de la communauté archéologique. Plusieurs experts estiment que la sortie de l’eau des blocs accélère leur dégradation : exposés à l’air libre, ils subissent un choc thermique et une cristallisation des sels qui fragilisent la pierre. Ces voix plaident pour une conservation in situ, en se contentant de scans sous-marins.
Par ailleurs, l’impact local est souvent passé sous silence. Les pêcheurs artisanaux du port d’Alexandrie, dont les zones de mouillage historiques sont bloquées par les périmètres de sécurité, subissent ces campagnes sans compensation financière. Leur activité, déjà fragilisée par la surpêche, se trouve encore plus contrainte.
Enfin, la question de la propriété intellectuelle des données divise. Le projet est massivement financé et opéré par des géants privés de la tech, notamment Dassault Systèmes. À terme, les modèles 3D haute définition du phare appartiendront-ils à l’État égyptien ou resteront-ils la propriété de firmes occidentales qui s’en servent comme vitrine marketing ? Ce débat, encore largement ignoré du grand public, est pourtant central pour l’avenir du patrimoine numérique mondial.
Comparaison des sept merveilles du monde antique
| Merveille | Localisation | Date de construction | État actuel |
|---|---|---|---|
| Pyramide de Khéops | Gizeh, Égypte | ~2560 av. J.-C. | Subsiste |
| Jardins suspendus de Babylone | Babylone (Irak) | ~600 av. J.-C. | Disparus |
| Statue de Zeus à Olympie | Olympie, Grèce | ~435 av. J.-C. | Disparue |
| Temple d’Artémis à Éphèse | Éphèse, Turquie | ~550 av. J.-C. | Ruines |
| Mausolée d’Halicarnasse | Halicarnasse, Turquie | ~350 av. J.-C. | Ruines |
| Colosse de Rhodes | Rhodes, Grèce | ~280 av. J.-C. | Disparu |
| Phare d’Alexandrie | Alexandrie, Égypte | ~280 av. J.-C. | Vestiges sous-marins, en cours de numérisation |
Donnée clé : Le phare d’Alexandrie a fonctionné pendant près de 16 siècles, un record de longévité pour une structure de cette taille. Sa hauteur est estimée à 103 mètres, ce qui en faisait l’un des plus hauts bâtiments du monde antique.
Questions fréquentes sur le phare d’Alexandrie
Pourquoi le phare d’Alexandrie est-il considéré comme une merveille du monde antique ?
Le phare d’Alexandrie était l’un des bâtiments les plus hauts et les plus innovants de l’Antiquité. Sa structure tripartite, son système de miroirs et sa longévité (16 siècles) en faisaient une prouesse technique et architecturale sans équivalent.
Où se trouvent les vestiges du phare aujourd’hui ?
Les ruines sont immergées entre 5 et 10 mètres de fond, au pied du fort Qaitbay, à l’entrée du port oriental d’Alexandrie. Le site s’étend sur 1,6 hectare.
Qui a découvert les vestiges du phare ?
Les premières fouilles scientifiques ont été menées par l’archéologue Jean-Yves Empereur en 1994, à la tête du Centre d’Études Alexandrines. Depuis, des campagnes régulières ont permis d’inventorier plus de 5000 blocs.
Combien de blocs ont été extraits en 2025 ?
La campagne de juin 2025 a extrait 22 blocs monumentaux, pesant chacun entre 70 et 80 tonnes. Parmi eux figurent des linteaux, des dalles et un pylône inédit.
À quoi servira le jumeau numérique du phare ?
Le jumeau numérique permettra de tester des hypothèses architecturales, d’étudier les techniques de construction antiques et de proposer une reconstitution scientifique accessible au public. Il servira également de outil pédagogique et de support pour des expositions.
Le phare d’Alexandrie est-il ouvert aux visiteurs ?
Les ruines sous-marines sont accessibles via des clubs de plongée agréés. Une visite virtuelle en 3D sera prochainement disponible en ligne.
Qui finance la reconstitution numérique du phare ?
Le projet est soutenu par la Fondation Dassault Systèmes, le CNRS, le CEAlex et le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités. Des mécènes comme Gedeon Media Group ont également participé au financement des fouilles.
Quand le phare a-t-il été détruit ?
Le phare a été endommagé par un tsunami en 1303, puis par plusieurs séismes. Il a servi de carrière de pierres avant de s’effondrer définitivement au XVe siècle.
Sources
CNRS (communiqué de presse, 26 juin 2025) https://www.inshs.cnrs.fr/sites/institut_inshs/files/news/2026-05/CP%20MAI%202026%20PHARE%20ALEXANDRIE%20VERSION%20VDEF%20BP.pdf
CEAlex – Projet Pharos https://pharos.cealex.org/le-projet-pharos/
Le Point https://www.lepoint.fr/culture/larcheologue-qui-a-ressuscite-le-phare-dalexandrie-NT4FE5LG6RAQPK2ZHNSFSSDNHI/
Les Echos https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/longtemps-apres-sa-construction-les-romains-venaient-encore-le-visiter-pleins-dadmiration-le-phare-dalexandrie-ressurgit-du-passe-2235269
BAÉFE – Fouilles subaquatiques sur le site du Phare d’Alexandrie (2024) https://journals.openedition.org/baefe/13858
Futura Sciences https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/archeologie-vestiges-sept-merveilles-monde-refont-surface-apres-plus-1-600-ans-k2m6-136328/
CIO Online https://www.cio-online.com/actualites/lire-le-phare-d-alexandrie-emerge-en-3d-du-projet-pharos-16437.html
Finestres sull’Arte https://www.finestresullarte.info/fr/archeologia/voici-a-quoi-ressemblera-le-phare-d-alexandrie-un-projet-le-reconstitue-en-3d
Historia https://www.historia.fr/une-operation-archeologique-inhabituelle-tente-de-reveler-les-derniers-mysteres-du-phare-dalexandrie/
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Auteur : Lucas, blogueur passionné par l’actualité chez Rocknblog.net
Date de rédaction : 26 juillet 2026
Dernière mise à jour : 26 juillet 2026